Et si on laissait un peu les éditeurs respirer ?

le 24 juillet 2012

Édition & PAO

Depuis quelques temps, il semble de bon ton de « taper » sur les éditeurs. Je lis régulièrement des réactions sur les réseaux sociaux, ou suite à des articles de sites d’info littéraire le même rejet de l’édition professionnelle. Les raisons invoquées, et les solutions possibles sont peu ou prou toujours les mêmes.

Parce que je pense que l’édition est un beau métier qu’il faut défendre, voici mon humble contribution au débat.

Les éditeurs ne sont pas de simples prestataires de services

Je pense que c’est l’idée reçue qui me dérange le plus, d’autant qu’elle semble se répandre comme une trainée de poudre.

Un éditeur n’est pas simplement un prestataire qui fournirait un service d’impression/mise en page à un client. Si effectivement vous souhaitez uniquement trouver une personne effectuant ce travail à votre place, mieux vaut demander directement à un graphiste de mettre votre livre en page et de vous conseiller quant au choix de l’imprimeur.

Ou tournez vous vers un éditeur à compte d’auteur, qui lui, vous facturera effectivement une prestation de client à prestataire. A ce sujet, je préfère d’ailleurs le terme anglais de Vanity press pour désigner l’édition à compte d’auteur : il me semble plus juste et approprié à ce type de littérature.

L’édition est un métier

Un éditeur traditionnel fonctionne différemment. Il sélectionne ses ouvrages pour constituer – la plupart du temps – un catalogue de qualité égale et correspondant à sa ligne éditoriale. Il ne demande aucune contrepartie financière à l’auteur : les frais de correction, traduction, maquettage, impression, distribution et promotion sont à sa charge. Et c’est ce qui fait la différence. Un bon éditeur effectuera un travail en profondeur sur votre manuscrit.

Il vous proposera un regard externe et avisé sur votre texte, tout d’abord. La phrase d’Aurélie Filippeti est certes très maladroite, mais l’idée est là. Ce regard externe est important car il est difficile de déceler les carences d’un texte que l’on a écrit soi-même. Et ce, que l’on parle simplement d’orthographe – j’ai corrigé bon nombre de livres écrits par des auteurs expérimentés, mais ne faisant absolument pas attention à ce type de « détails » -, ou de syntaxe et de concordance des temps, mais aussi de la structure du livre… Ce conseil éditorial est souvent primordial, notamment dans le cas d’un premier livre, ne serait-ce que pour rassurer l’auteur à propos de son travail.

Ensuite, un éditeur dispose en général d’un réseau de diffusion/distribution (stockage, transport, diffusion en librairies, commercial), qu’il soit interne – c’est le cas d’Actes Sud, par exemple – ou externe. Toute la partie logistique de l’édition est donc prise en charge, avec un travail de fond auprès des librairies et autres points de vente. Si votre livre est disponible en librairie, il rencontrera un public plus large. Dernière chose, votre éditeur essaiera aussi de vous caser des séances de dédicaces, que ce soit en librairies ou dans les salons du livre. Ce qui permet de promouvoir votre livre en rencontrant les lecteurs.

Quid de l’auto-édition?

Face aux difficultés à trouver un éditeur, la réponse toute trouvée semble être l’auto-édition. D’autant que nombre de solutions voient le jour grâce à Internet : l’exemple le plus emblématique est probablement Lulu.com. L’auto-édition correspond également à une envie de Do it yourself. Quand on dispose des compétences pour écrire, corriger, mettre en page et promouvoir son propre livre, il est tentant de se passer d’intermédiaire et de proposer soi-même ses ouvrages à la vente.

Il faut cependant pouvoir assumer la promotion et la diffusion de son propre livre, et la base de lecteurs est moins importante que celle d’un auteur édité de manière traditionnelle : en effet, les ventes sont principalement effectuées sur Internet, et tous les lecteurs ne sont pas adeptes de l’achat en ligne. Autre problème : il faut pouvoir disposer de ce fameux regard externe dans son entourage, ne serait-ce que pour corriger correctement son ouvrage.

Cependant, l’auto-édition se place de plus en plus comme une force éditoriale sur laquelle il faut compter. C’est un système intéressant en ce qui concerne la littérature de niche (livres techniques, notamment), mais aussi pour certains auteurs de best-sellers, qui souhaitent se dégager de toute contrainte éditoriale. Par contre, on attend toujours le premier livre auto-édité par un auteur novice qui finira dans le top des ventes (en France, tout du moins, la tendance est différente aux États-Unis)…

Pour conclure…

Non, l’éditeur n’est pas simplement un intermédiaire qui prend un pourcentage sur vos ventes… J’ai lu ici et là des réactions du type « tel éditeur me prend 7%, mais je ne bénéficie pas d’une réelle promotion », « tel éditeur n’a toujours pas sorti mon livre, alors que cela fait bientôt deux ans que le manuscrit est corrigé et maquetté ». Les abus existent, c’est certain.

Mais attention tout de même à ne pas faire d’amalgames. Il y a des profiteurs et des gens bien, passionnés par leur métier, prêts à se mettre en quatre pour sortir votre livre dans les meilleures conditions possibles. Au final, travailler avec un éditeur, un vrai, professionnel et passionné, c’est rencontrer un partenaire, avec qui la relation sera riche en échanges.

Mon avis est forcément orienté, puisque je viens du monde de l’édition. Mais vous avez peut-être d’autre retours d’expérience, bons ou mauvais, à partager ? N’hésitez pas !

Un commentaire

  1. Lara dit :

    Bonjour

    Effectivement – il y a un fort mélange des genres dans le secteur de l’édition actuellement.

    Chaque professionnel du secteur offre un savoir-faire.

    On ne peut raisonnablement pas comparer un maison d’édition et une maison d’auto-édition par exemple.

    Les services ne sont pas les mêmes – ainsi que les obligations d’ailleurs.

    Voici un petite liste des différents moyens d’éditions à ce jour.
    On peut d’ailleurs y rajouté les e-books.

    http://autres-talents.fr/autoedition/Conseils/maison-edition–5,58.html

    Lara

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